Histoire de France depuis la mort de Henri IV (Gabriel Barthélémy de Gramond)


Parlementaire toulousain, Gabriel Barthélémy de Gramond (1590-1654) a consacré ses écrits à l'histoire contemporaine avec deux livres en latin : une histoire de la première guerre de Rohan dès 1623 (Histoire de l'écrasement par Louis XIII de la rébellion des Religionnaires en France), puis en 1643 une histoire plus vaste du règne de Louis XIII (Histoire de France depuis la mort de Henri IV) qui se voulait une continuation de la célèbre Histoire publiée par Jacques Auguste de Thou allant elle jusqu'à la fin du règne de Henri IV. La particularité de son récit pour ce qui concerne la campagne de Thémines en Foix est d'être très hostile au maréchal (voir le récit détaillé du combat de Jean-Bonet qui reprend presque telle quelle la trame utilisée par Saint-Blancard alors que les Mémoires de Rohan, qui le populariseront, n'ont pas encore été publiées) et de se vouloir plutôt objectif quant aux faits, sans doute sous l'influence de l'œuvre de de Thou (mais aussi de Carmaing, très apprécié aussi à Toulouse et qu'il avait dû côtoyer). N'étant pas latiniste, notre traduction est tout à fait provisoire et doit beaucoup à Philippe de Robert : on se référera au texte latin dès qu'il y a doute ou besoin de précision. Les noms propres ont été mis tels qu'ils figurent en français dans les marges de l'édition Elzevir (sauf lorsqu'ils sont manifestement fautifs).






Gabriel Barthélemy de Gramond, Historiarum Galliae ab excessu Henrici IV. Libri XVIII, quibus rerum per Gallos totá Europâ gestarum accurata narration continetur (Les 18 livres de l'histoire de France depuis la mort de Henri IV, contenant le récit exact de ce qu'ont fait les Français dans toute l'Europe).

Toulouse, Arnaud Colomiez, 1643, pp. 617-620 : https://books.google.fr/books/about/Historiarum_Galliae_Ab_Excessu_Henrici_I.html?id=C7dTAAAAcAAJ&redir_esc=y

Amsterdam, Louis Elzevir, 1653, pp.639-642 :

https://archive.org/details/bub_gb_gxmZGhQoetcC/page/n5/mode/2up

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Themines en Foix


Theminius in Fuxenses progreditur (angusta est regio, quam ab Hispania dirimunt Pyrenæi montes, amne irrigua, cui ab auro, cujus ramenta trahit, illustre nomen est, Aurigera) rarus illi miles per desertiones ; qui sub signis manebant, pars stipendio destituti intendebant murmura et minas, magísque regebant quam regebantur ; pars morbis autumnalibus afflicti missionem petebant, defuncti æstivali servitio, cui locaverant operam. Obsidionem urbium quæ rebellaverant moliri jussus imperator, omnium erat indigus per quæ obsidentur urbes. Ex adverso Fuxenses abundabant commeatu omni, arma illis et pecunia quantum fatîs : augebat fiduciam, quòd Rohanæus spem subsidii faciebat primâ quâque die submittendi, si opus esset. 


Themines s'avance contre les Fuxéens (leur pays est séparé de l’Espagne par les Pyrénées et arrosé par une rivière qui à cause de l’or dont elle charrie des fragments porte le nom célèbre d’Ariège : Aurigera). Ses soldats sont peu nombreux à cause des désertions. Quant à ceux qui restaient sous les drapeaux, soit (parce qu'il étaient privés de solde) ils murmuraient et menaçaient, commandant plutôt qu'ils n'étaient commandés, soit (parce qu’affligés par les maladies de l’automne) ils demandaient leur congé, ayant fait leur part de la campagne d'été pour laquelle ils avaient été engagés. Ayant reçu l'ordre d'assiéger les villes qui s'étaient rebellées, le Maréchal manquait de tout ce qui était nécessaire pour assiéger des villes. Les Fuxéens à l'inverse avaient abondance de vivres partout, d'armes pour se défendre contre eux, d'argent autant que nécessaire : leur confiance augmentait car Rohan leur faisait espérer des renforts dès qu'on les lui demanderait s'il était besoin.


Quæ ineunte æstate promptuarium belli fuerat Tolosa, adhuc interpellatur ; ipse Tolosam venit Theminius parlamentóque in conscientiam ejus belli vocato, militem, commeatum, et arma petit : id Regem exposcere, quod è re provincia futurum sit ; rara Oratori facundia exsequi assueto magis quam loqui : sed quid facundiâ opus in persuasos ? aperit alma provinciæ parens armamentatium suum, totamque exhaurit se expeditioni promovendæ Tolosa : tormenta bellica, pulvis, nitratus omnis commeatus, miles et arma impensis nostris subministrantur, unde urbs postmodum obærata, nihil remisso ex spontanea largitione tributo quod Regi pendi solet. 


Au début de l’été, Toulouse avait été le magasin de la guerre, mais on lui demande davantage. Thémines vient lui-même à Toulouse interpeller le Parlement, et sachant bien ce qu'il en est de la guerre, demande à celui-ci soldats, vivres et armes qu'il « sollicite de l'administration royale puisqu'il en va de l'avenir de la province ». Pour un orateur plus habitué à exécuter qu'à parler, son éloquence étonne mais y a-t-il besoin d'éloquence pour les persuader ? Les sensibles pères de la province ouvrent leur arsenal (1), et Toulouse en retire tout ce qui peut servir à la campagne : canons, poudre, salpêtre, vivres, soldats, armes … tout est fourni à nos frais, ce qui endette la ville en conséquence, sans que l'on ne diminue en rien le généreux impôt volontaire qu'elle paye ordinairement au Roi (2).


Borret et Jambonet


Primi ejus expeditionis conatus Regi ex voto, Sectariis contra cessêre ; Calmontium, Bordæ, Savaratum Castra invalida, oppugnantur, oppidanorum metu, magis quàm Regiorum vi. Per noctem proripiunt se in fugam municipes, corruptísque frumentis et vino cremant ipsi domos suas, fugiúntque in Asyli Mansum, ubi asylum fore sperabant. Borreti pagus flammâ et ferro à regiis desolatur, jugulantur sinè delectu oppidani, et miles, quia contra belli legem sustinuerant bellici tormenti aspectum in loco invalido : Baro Meslæus, recusante spontaneam deditionem Theminio, murum ascensione superat, cædes est pro ira et furore victoris ; postquam lanienæ imposuerat modum satietas, trahuntur in patibulum deditii, finiúntque omnes in furca uno minùs, qui carnificem agere tulit pro vitæ beneficio ; triste spectaculum, et (quanquam è jure belli est) rarò inter indigenas, civili bello usurpatum !


Le premier effort de cette campagne est, comme le souhaite le Roi, de marcher contre les Religionnaires ; plus par crainte de ceux qui s'y retranchaient que pour montrer la force de l'armée royale, on s'attaque aux faibles murailles de Calmon, de Lasbordes et de Savarat (3). De nuit, les habitants prennent la fuite après avoir détruit leurs grains et leur vin, brûlé leurs propres maisons. Ils fuient au Mas d'Asil où ils espéraient trouver asile. Les royaux ravagent par le fer et par le feu le hameau de Borret : habitants et soldats sont égorgés sans distinction car, contre les lois de la guerre, ils avaient soutenu la vue d'un canon dans un lieu sans murailles. Le baron de Mesle, refusant à Thémines leur reddition spontanée, escalade le mur et massacre avec la colère et la fureur du vainqueur. Après s'être finalement dégoûté de cette boucherie, on livre à l'échafaud ceux qui se sont rendus, ils les achèvent tous à la potence sauf un qui tient le rôle du bourreau pour sauver sa vie (4). Triste et (bien que ce soient les lois de la guerre) horrible spectacle entre gens d'un même pays que ces habitudes de guerre civile !. 


Nec prætermitti debet virtus heroïca, digna certè quæ trahatur ad posteros : per Iambonetum Theminio transitus erat, huc septem è Secta milites improvidè accurrunt inhibendæ viæ : indignatus imperator loco invalido obstare ausum hostem, hîc castra ponit ira vecors, nec sui compos : tentatâ ascensione muri, ter, quatérque repellitur ; miles præsidii, commeatus, et pulveris nitrati defectu per obscura noctis discessum meditatur : dilabitur explorandæ viæ unus è septem, lentéque fuggressus dein ad suos redit : vigil ad murum miles, ratus hostis exploratorem esse, sclopeto disploso comminuit socio femur, ejulat sauciatus : vigil, detecto errore, ex agnita socii voce, egreditur, impositúmque humeris ad Castrum defert : is aperire quam exploraverat viam ; irent, fugâque præriperent se patibulo quod instabat, exsoluturum se debita omnium ; nec deprecari mortem, qui victima pro fratribus erit. Illi, negare abstituros se, potiùs morituros unà omnes ferro ad manum, nec inultâ cade, quàm si unus, sinè prælio pro libidine hostis patibulo suffigetur. Postquàm enixis precibus impetraverat, ut fugâ, proriperent se : intercessêre frater, unáque patruelis, negantes id pati posse sanguinem quo conjuncti erant, Ille, quando (inquit) honestà morte vitæ infelici finem quæritis, non invideo vobis hanc gloriam, qui unà viximus fratres, unà et moriemur. Dilapsis sociis (quia impares prohibendo hosti si in murum ascenderet) aperiunt portam, desertíque fiduciâ loci irrumpentes, ferro transigunt, donec satiati ultione et sanguine numero vincerentur ; dignum erat remuneratione heroïcum facinus ; Theminius implacabilis in furcam agit : certè parum abest ista virtus ab actis heroüm egregiis, quæ usque ad miraculum evexit antiquitas, hoc unum interest quòd illi digniùs memorantur.


On ne doit pas oublier un acte de courage héroïque, certainement digne d’être transmis à la postérité. Thémines passait par Jambonet quand sept soldats de la religion accoururent de façon surprenante pour lui barrer le passage. Le maréchal, indigné que l’ennemi lui fasse obstacle dans un lieu si médiocre, voua à ce fort une haine insensée et perdit toute mesure. On tente de franchir le mur trois ou quatre fois, mais on est repoussé. La petite troupe, manquant de renforts, de vivres et de poudre, prévoit de fuir dans l’obscurité de la nuit. L'un des sept s'échappe pour explorer le chemin. Allant lentement et sans se faire voir, il retourne ensuite vers les siens. La sentinelle postée sur le mur, croyant que c’est un éclaireur ennemi, tire avec son mousquet et brise la cuisse de son compagnon qui hurle qu'il est blessé. Comprenant son erreur en reconnaissant la voix de son compagnon, la sentinelle sort et le ramène au fort sur ses épaules. Celui-ci leur explique le chemin qu’il a exploré : « Allez et fuyez pour éviter la potence qui vous menace. Je paierai vos dettes à tous. Je n'ai pas peur de la mort puisque j'en serai victime pour sauver mes frères ». Mais eux : « Nous refusons de nous éloigner, nous préférons mourir tous ensemble avec toi l'épée à la main et tomber impunis plutôt que ne pas combattre et finir pendus à la potence pour le bon plaisir de l'ennemi ». Après avoir obtenu par de très vives prières qu'ils s'extraient de là par la fuite, son frère et l'un de ses cousins paternels interviennent et refusent de le souffrir puisqu'ils étaient alliés par le sang. « Si vous cherchez (dit le premier) la fin d'une vie malheureuse par une mort honorable, ce n'est pas une gloire que je vous envie. Nous avons vécu unis en frères, mourons ainsi unis ! ... ». Leurs compagnons s'étant échappés et parce qu'ils n'étaient pas de taille à empêcher l'ennemi d'escalader la muraille, ils ouvrent la porte et se précipitent crânement à travers ce terrain abandonné, se taillent un passage à l’arme blanche jusqu'à ce que, rassasiés de sang et de vengeance, ils soient vaincus par le nombre. Cet acte héroïque était bien digne de récompense mais l'implacable Themines les conduit à la potence. Leur courage ne peut manquer d'être comparé aux actes des plus excellents héros que l’Antiquité a élevés au rang de prodiges, la seule différence étant que ceux-ci sont plus dignement remémorés (5).


Siège du Mas d'Asil


Subsequitur in Mansum Asyli expeditio Rohanæo et Sectariis læta, exitiosa Catholicis, Theminio ingloria : fuêre qui crudelitate regiorum provocatam in ipsos Dei ultionem vulgarent. 


La suite de l’expédition contre le Mas d’Asil fut heureuse pour Rohan et les Religionnaires, funeste pour les Catholiques, peu glorieuse pour Themines. Il y en eut qui répandirent l'idée que c'était la cruauté des royaux qui avait incité Dieu à se venger d'eux. 


Regi in eam expeditionem merebant septem legionariorum millia sub cohortibus Normannica, Crussolia, Ventaduria, Valhacæa, Aquabonæa, Mirapicensi, Durbana-Fuxensium, Ansigniana, Malhacia, Passæa : peditatui adjuncti sexcenti alarii sub alis Mommorancia, Ventaduria, Carmania, Mervillæa, Florambellia : castrametabatur Comes Carmanius Fuxensium prorex, Marescallus Theminius imperatorem agebat. Urbs modico amne alluitur, cui nomen Arisia, per interpositum alveum quatiuntur muri.


Les royaux engagèrent dans cette campagne 7 000 soldats des régiments de Normandie, Crussol, Ventadour, Valhac, Aiguebonne, Mirepoix, Foix-Durban, Ansignian, Malhac, La Passe. Aux fantassins il faut ajouter le renfort de 600 cavaliers des escadrons de Montmorency, Ventadour, Carman, Merville, Florambel (6). Le comte de Carman, gouverneur de Foix, était maréchal de camp, le maréchal de Themines dirigeait l'armée. La ville est bordée d’une modeste rivière nommée Arise dont le lit ébranle les murs. 


Bretignius Sectariorum in agro Fuxensi præfectus ad Rohanæum scribit (is tum ab agro Cebennico Castrum remeabat) in hæc verba : Obsessum à Theminio Asyli Mansum, rarum in urbe militem, prospiceret subsidio actutùm submittendo, sic salvum fore municipium cujus fortuna (qualiscunque fuerit) tristi aut læto præjudicio communem in ea provincia reformatorum caussam ad se trahet. Valetam emeritum militem propulsandæ obsidioni electum à se, missúmque in urbem cum omni imperio, illi adjunctum Arbustium longâ experientiâ in omnes belli casus expeditum : ceterùm tantam esse obsidentium vim, quâ octo tormentis bellicis instant, ut brevi subsecutura deditio sit, nisi sedulò et citò propicitur. Rohanæus ad hæc nihil cunctatus Lusiniano partem exercitus sui committit, cujus subsidio tormenta bellica Castrum inveherentur, ipse delectu habito Revellum cum milite properat ; postridiè numerato viritim stipendio in agrum Fuxensem dimittit legionarios sexcentos, Valescurio duce. Huic subsidio transitus erat per Carlarium, cujus municipii rector Leranus, privatis simultatibus Bretignio infensus ; ea caussa fuit cur procurato à Bretignio militi obstaret, negans fore illi, Carlatio transitum, odio in autorem : obstantem Rohanæus misso Aurosio hortatur, viam ut militi faciat in communem caussam vocato ; detrectantem commotus in seditionem ab Aurosio populus (ità Rohanæus mandaverat) cogit. Sexcentorum major numerus quàm ut ex improviso in urbem penetrarent : primum trecenti per obscura noctis suggressi ; nec multò pòst ubi ex voto cesserat transitus, submissi totidem duce San-Blancardo, in quo Sectariis magna erat fiducia.


Bretigni, chef des Religionnaires du Pays de Foix, écrit à Rohan (qui revenait à Castres depuis le pays des Cévennes) avec ces mots : « Le Mas d’Asil est assiégé par Themines, il y a peu de soldats dans la ville mais on peut prévoir qu'en envoyant un renfort immédiat, on pourrait sauver la cité dont le sort (que ce à quoi on s'attend soit triste ou heureux) est clairement lié à la cause commune des réformés de cette province. Valete, militaire de mérite qui s'est proposé pour résister à ce siège, a été envoyé dans la ville avec tout pouvoir. Il a comme adjoint L'Arboust, disposé par sa longue expérience à tous les hasards de la guerre. D'ailleurs, la puissance des assiégeants est telle, qui les pressent avec huit canons (7), qu'une capitulation peut rapidement s'ensuivre si on n'y prévient pas franchement et rapidement » (8). Apprenant cela, Rohan n’hésite pas un instant : il confie une partie de son armée à Lusinian, appuyé par le convoyage de plusieurs canons à Castres ; lui-même, ayant fait son choix, se hâte vers Revel avec une troupe. Le lendemain, après leur avoir à chacun compté sa solde, il envoie six-cents soldats au Pays de Foix sous le commandement de Valescure. Ce renfort devait passer par Le Carla, cité gouvernée par Leran qui était hostile à Bretigni à cause d'une rivalité personnelle. C'est la raison pour laquelle il se place en travers de la troupe dont s'occupe Bretigni et s'oppose à ce qu'elle passe par le Carla par haine de celui qui en a la responsabilité. Pour empêcher cela, Rohan envoie Auros l’exhorter à laisser la voie libre aux soldats au nom de la cause commune. Comme il refuse, la population, excitée par Auros (comme Rohan le lui avait mandé), se rassemble et se révolte. Plus de six-cents hommes pénètrèrent par surprise dans la ville : d’abord trois-cents qui forcent l'entrée en profitant de l'obscurité de la nuit, tout autant arrivèrent à passer comme ils le voulaient peu après, qui obéissaient au capitaine S. Blancard, en lequel les Religionnaires avaient grande confiance.


Invalescentibus morbis autumnalibus, rarescunt ordines, parúmque provido belli duce (cujus omninò genius, pugnare et vincere) deficiunt commeatus, arma, tormentarius puluis, ea demum omnia quibus transigi solent obsidia, et adhuc Tolosâ subsidio submisso succurritur : subministrantur à Capitolinis, autore parlamento, pali et ligones provehendis vallis ; quatiendis muris tormentarius puluis et tormenta bellica ; asseres solido è robore rotulati et faciles tegendo militi dum propiùs, muris oppugnandis admoveretur : ast in irritum cessere subsidia hæc quantacunque : bis tentata per vim apertam in muros ascensio, bis ingloriè fusi, totidem magnâ clade cæsi regii. Appetebat hyems iniqua obsidiis, imbribus continuis limosa humus, amnis vado immeabilis, aquæ totâ latè planicie restagnantes, subsidio recenti auctus præsidii miles, Theminium tandem impellunt, ut obsidium solvat : tumultuarium est quodcunque in eo discessu actum à regiis, ut dici possit soluta obsidio in fugæ modum. Hærebant paludoso limo tormenta bellica, et, nisi miles defectu boum, locâsset operam ervendis, venerant in potestatem hostium. 


Alors que les maladies d’automne se multiplient, les rangs se dégarnissent et au chef de guerre trop imprévoyant (son seul génie était de combattre et de vaincre) manquent les vivres, les armes, la poudre, soit justement tout ce qu'il faut habituellement pour assiéger une ville. Au point qu'il faut en urgence demander de l'aide à Toulouse. Sur demande du Parlement, les Capitouls fournissent des pieux et des pioches pour faire avancer les tranchées, de la poudre à canon et des canons pour fragiliser les murailles, de robustes abris roulants pour pouvoir être déplacés au plus près des murailles de la ville assiégée et y couvrir facilement les soldats. Mais aussi nombreux que soient ces secours, ils sont fournis en vain : un assaut en force par une trouée dans la muraille est tenté par deux fois, et par deux fois repoussé sans gloire, provoquant un désastre aussi grand que le nombre de tués chez les royaux. L’hiver approchait, défavorable aux sièges : avec les pluies continuelles, la terre devenait boueuse, la rivière ne pouvait plus être traversée à gué, les eaux stagnaient de tous côtés dans la plaine, les soldats de la garnison avaient été renforcés par de récents secours ... On pousse donc Themines à lever le siège, mais les royaux se dispersent dans une telle confusion qu'il s'agit plus de fuir que de lever le siège. Les canons étaient bloqués dans la terre fangeuse et si les soldats, faute de bœufs, ne les en avaient extrait par leur travail, ils seraient tombés aux mains de l'ennemi.


Hic obsidionis Asylianæ exitus. Erant qui Comitem Carmanium sinistri eventus autorem facerent, hinc ducto argumento, quòd in Fuxensi provincia prorex, metuebat sibi minorem apud indigenas autoritatem fore, postquàm Sectariorum factionem malè perdidisset : his sinè autore vulgatis minor habenda fides, vel uno magnanimitatis indicio, quâ Carmanium natura dotavit. 


Telle fut l'issue du siège asilien. Il y en a qui ont fait du comte de Carman le responsable de l’échec, avec cet argument qu’étant gouverneur de la province de Foix, il craignait la diminution de son autorité sur les gens du pays s'il y avait trop affaibli le parti des Religionnaires. On doit accorder peu de crédit à ces allégations anonymes et plutôt y voir le signe de la magnanimité dont la nature avait doté Carman.


Magnum sibi in ea obsidione promervere nomen San-Blancardus, et Valeta ; ille vir natalibus nobilis, multúmque Rohanæo æstimatus, hic vili ex stirpe, bellicâ virtute illustris, sed infelix ; quippe ruinam strenuè propugnans, prohibénsque regios magnâ vi, glande ictus occubuit. 


Les noms de S. Blancard et de Valete méritent d'être mis en avant dans ce siège : l’un de naissance noble et très estimé de Rohan, l'autre de basse extraction, illustre en vertu guerrière, mais malheureux puisqu'en bataillant âprement au milieu des décombres pour empêcher de toutes ses forces le passage des royaux, il tomba, touché par une balle.


(1) L'expression n'est pas figurée : les Capitouls disposaient d'un grand bâtiment (détruit au 19e siècle) derrière leur Capitole où ils stockaient un grand nombre d'armements nécessaires au maintien de l'ordre et à la défense de la ville en cas de besoin. 

(2) Gramond parle ici (comme pour le discours de Thémines à Toulouse) en témoin direct. Les Capitouls, qui semblent avoir fourni une bonne partie du financement et de l'équipement de la campagne de Thémines, auraient attendu en compensation un geste fiscal de la part de Richelieu... qui ne vint pas. 

(3) Gramond synthétise : l'incendie de Calmont a eu lieu vers le 26 août, ceux des Bordes et de Sabarat vers le 1er septembre. Mais les trois se déroulent à peu près selon le même scénario préparé par l'état-major de Rohan : une cité incapable de tenir un siège de longue durée est sacrifiée par le feu pour ne pas laisser à Thémines de quoi soutenir le siège d'une cité mieux préparée (Mazères, Le Mas d'Azil). 

(4) Épisode confirmé par les 3 récits de première main du combat des Bourrets (tous du point de vue de l'armée royale).  Supplément de cruauté, le Récit véritable précise que ce frère ayant pendu son frère a été pendu à son tour le lendemain. 

(5) Le récit détaillé que donne Gramond est très précieux car il prouve que le récit protestant du combat de Jean-Bonet a circulé au-delà de ce camp. Par rapport à la version a priori originelle (mais déjà traduite de l'occitan) donnée par Saint-Blancard juste après les évènements,  on notera surtout l'ajout de passages parlés pour préciser le débat final entre les 7, et le fait que les 3 derniers  présents effectuent une dernière sortie avant d'être pendus (faits confirmés par Rulman qui ajoute qu'ils avaient mis le feu avant de sortir et qu'un seul survivant fut pendu). 

(6) Le chiffrage modeste correspond à celui publié un peu après par Rohan

(7) Soit un de moins que d'après Saint-Blancard puis Rohan. Mais on n'est qu'au début du siège.

(8) Exclusivité de Gramond, cet extrait ou résumé pourrait avoir pour origine un véritable courrier de Brétigny à Rohan intercepté par les Toulousains en septembre.


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